C’est dans les années 2000 que s’est développé le coaching en entreprise. Tout d’abord marginal, il est aujourd’hui une valeur sûre, encouragé par les plus grandes entreprises françaises et certaines PME. François Delivré fait partie des pionniers.
Coach en entreprise depuis quinze ans, il a vu la demande naître puis se développer, même s’il reconnaît volontiers que «le métier se cherche encore».
Entre psychologie et «consulting», l’activité de coach demande une grande connaissance du monde de l’entreprise. Même si certaines interventions se font en groupes, elles sont généralement individuelles.
La durée des cessions va de six mois à un an. «Les principaux concernés sont les cadres. Ce sont des individus très formés techniquement mais qui ont peu de connaissances en matière de relations
Financé par l’entreprise, le suivi des salariés se fait par séances. Un peu comme sur le divan d’un psychologue, ces derniers se laissent aller à la confidence, lâchant leurs craintes et leurs difficultés. Mais le parallèle s’arrête là, car on ne traite des soucis personnels seulement s’ils ont un lien avec le travail.
«C’est au client de trouver des solutions à ses problèmes.
Le rôle du coach n’est pas de conseiller, mais de soulever un maximum de questions pour créer un déclic », explique François Delivré.
Lui-même a été salarié. Il s’est lancé dans une carrière d’ingénieur chez Gaz de France après Polytechnique. Coach ? Il l’est devenu «par un concours de circonstances » mais surtout par goût pour les relations humaines. « C’est toujours un second métier, explique-t-il. Pour faire ça, il faut avoir de l’expérience et bien connaître le fonctionnement d’une société.
On ne s’intéresse pas à l’âme des gens comme des psychologues, même si la dimension humaine est importante. »
Côté formation, un certain flou persiste. Quelques cursus universitaires proposent des formations de coaching, sans être pour autant des licences ou des masters. Aucune école privée de coaching n’est aujourd’hui reconnue par l’Etat. Après avoir exercé dans une quarantaine d’entreprises françaises, il a fondé avec deux confrères l’Académie du coaching il y a huit ans. Dix-huit futurs coachs y sont maintenant formés tous les six mois, et tous doivent avoir plus de trente-cinq ans. Selon François Delivré, les savoirs ne sont pas complexes, la difficulté réside dans leur mise en pratique.
« Il faut analyser et appliquer les méthodes au cours de la conversation, indique-t-il.C’est un exercice qui demande beaucoup de concentration »
Les demandes les plus courantes se classent en quatre groupes :
ü remotiver un salarié, améliorer
ü sa relation aux autres, apprendre
ü à mieux manager son équipe ou aider lors d’une importante décision ou «accompagnement stratégique».
ü Le diagnostic du coach est crucial car les décisions prises à la fin d’un coaching par un dirigeant peuvent toucher tous les domaines : se séparer d’un membre du comité de direction, réagir à une attaque concurrentielle ou encore réaménager l’entreprise.
Soupape de décompression pour cadres «overbookés », l’aide peut avoir des effets pervers.
« On a parfoisaffaire à des coachings alibis , raconte François Delivré. Un patron peut nous envoyer un salarié en prétextant une difficulté quelconque alors qu’en réalité, il cherche à savoir s’il doit le licencier ou non .»
Le contenu des séances reste toutefois confidentiel.
Un salarié a donc le droit de refuser une aide et réciproquement.
Le cas s’est ainsi présenté une fois à François Delivré : « J’ai été appelé dans une entreprise d’armement, se souvient-il. Je suis entré et quand j’ai vu les mortiers, j’ai eu mal au ventre en sachant que ces armes allaient tuer… Je n’ai pas pu rester. »
Il y aurait environ 3 000 coachs en entreprises en France. Leur revenu moyen demeure très variable : de quelques centaines d’euros mensuels à plusieurs milliers. De quoi créer encore et toujours des vocations.